Journal de l'économie

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Mois de tous les records pour la French Tech : entretien avec Charles Degand, Président d’Angelsquare





Le 1 Octobre 2021, par la rédaction

La FrenchTech connaît une croissance sans précédent. Mardi 21 septembre dernier, la société Sorare annonçait la plus grosse levée de fonds jamais réalisée par une startup française (680 millions de dollars), trois ans seulement après sa création.
Au même moment, la communauté d’investisseurs Angelsquare annonçait des résultats exceptionnels : en deux jours, trois start-ups financées par Angelsquare à leurs débuts (les sociétés Reech, Epicery et Weedogift) ont annoncé leur rachat par deux grands groupes (La Poste, Sodexo) et une ETI influente (ADLPerformance).
Explications avec Charles Degand, un de ces entrepreneurs-investisseurs français qui mise avec succès sur le développement de l’économie numérique.


Comment expliquez-vous la montée en puissance actuelle des entreprises françaises de la tech ? A-t-elle vocation à durer ? Existe-t-il encore des freins (institutionnels, psychologiques) à leur expansion ?

Charles Degand (président d’Angelsquare) :
Cela fait plusieurs années que l’écosystème startups français est en plein boom. On date généralement le décollage de ce nouveau secteur économique aux années 2014-2015, période à laquelle les fonds investis en startups ont commencé à augmenter rapidement.
Les causes de cet essor sont assez simples. La France réunit toutes les conditions nécessaires à l’apparition d’un tel écosystème : un bon système d’éducation supérieure (écoles d’ingénieurs et de manager), des infrastructures de qualité, une tradition économique multisectorielle, et une mentalité pionnière sur pas mal de sujets.
Il ne manquait plus que le coup de pouce financier : c’est ce qui a eu lieu.
Le seul frein qui pourrait ralentir cette expansion serait que les jeunes startups françaises soient massivement rachetées par des groupes étrangers, ce qui arrive malheureusement souvent.
Si les grands groupes français entrent dans la danse et rachètent des startups françaises, cela bouclera un cercle vertueux qui bénéficiera à toute l’économie française.
 

Quel rôle jouent les business angels dans le développement de l’écosystème French Tech ?

Les Business Angels sont les seuls investisseurs qui peuvent intervenir très tôt dans la vie de l’entreprise, c’est-à-dire parfois seulement quelques mois après sa création. C’est un stade d’investissement ultra-risqué, sur lequel des investisseurs institutionnels ne pourront jamais s’aventurer.
A ce stade d’investissement, le stade de « l’amorçage », les Business Angels ont un apport extrafinancier souvent déterminant pour la réussite de la startup à long terme : ils accompagnent les entrepreneurs sur des sujets concrets (recrutement, développement commercial, partage d’expériences, connaissances sectorielles…).
Etant eux-mêmes entrepreneurs à succès, les Business Angels financent des startups d’abord pour le plaisir de participer à de nouvelles aventures entrepreneuriales. Et c’est ce qui fait leur incroyable valeur ajoutée pour l’écosystème startups.
Ils sont irremplaçables, donc indispensables. Toutes les meilleures startups françaises ont été financées par des Business Angels de qualité à leurs débuts.
 

A quelles conditions choisissez-vous d’accompagner telle ou telle startup ? Qu’est-ce qui vous a conduit à vouloir accompagner des jeunes pousses comme Reech ou Epicery ?

Nous avons une grille de lecture très claire, avec 4 critères de sélection :
  • La qualité de l’équipe : nous savons qu’une aventure entrepreneuriale est très mouvementée, et qu’il faut des dirigeants solides et résilients pour la mener à bien. C’est le critère principal
  • La taille du marché : il faut que la startup s’attaque à un marché porteur
  • Les premiers signes de traction commerciale : il est très important que les entrepreneurs montrent dès le début qu’ils sont capables de vendre leur produit ou service à des premiers clients, et ce même s’ils ont des moyens très limités
  • Les termes de la levée de fonds : il faut que la valorisation de la société, et le montant total levé, soit cohérent avec la maturité de la startup.

Vous avez déclaré publiquement assumer avoir refusé le dossier Sorare quand vous l’avez reçu il y a 2 ans. Le regrettez-vous à présent ? Pourquoi avoir fait ce choix à l’époque ?

Je ne le regrette pas du tout, les investisseurs qui réussissent sur le long terme sont ceux qui ont une stratégie claire, et ne prennent pas leur décision en fonction du sens du vent.
A l’époque, Sorare n’avait aucune traction commerciale, et la proposition de valeur ne nous parlait pas : nous ne pensions pas qu’un jeu de fantasy-football en ligne pourrait autant se développer.
Donc nous avons passé notre tour…

Quel avenir peut-on souhaiter à une startup ? Se faire racheter par un grand groupe ? Devenir une licorne ?

D’un point de vue microéconomique, l’entrepreneur et les investisseurs veulent gagner de l’argent. Il faut donc que ce soit possible, afin que les créations d’entreprises continuent, et que les investisseurs restent motivés.
Pour cela, il faut que les « portes de sorties » existent, permettant aux entrepreneurs et investisseurs de vendre leurs actions. La porte de sortie peut être soit un rachat par un grand groupe, soit la vente de parts lors d’une levée de fonds ultérieure.
Dans tous les cas, pas besoin de devenir une licorne pour y arriver. L’essentiel est de construire des entreprises saines, et de les développer petit à petit. Rien ne sert de courir…



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