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Turner au musée Jacquemart André, un nouveau face à face





Le 4 Juin 2020, par Christine de Langle

Inaugurée quelques jours avant le début du confinement et presque aussitôt fermée, l’exposition William Turner a retrouvé ses visiteurs. Initialement prévue jusqu’au 20 juillet, elle a été prolongée jusqu’au 11 janvier 2021, prolongation exceptionnelle vu la fragilité de certaines œuvres.


Venise San Giorgio Maggiore, tôt le matin, 1819, aquarelle sur papier, 22,3 x 28,7 cm Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
Venise San Giorgio Maggiore, tôt le matin, 1819, aquarelle sur papier, 22,3 x 28,7 cm Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
Cependant, on ne peut parler d’un retour à la normale. Le musée Jacquemart André a mis en place un protocole strict pour autoriser sa réouverture. Une heure de visite (réservée en ligne), pas plus de 15 visiteurs toutes les 15 minutes et des visiteurs masqués. Certainement un manque à gagner pour le musée mais un indéniable confort de visite pour ces visiteurs qui inaugurent les sorties culturelles post-Covid.
Rappelez-vous ce qu’était une visite « normale » dans les petites salles de ce splendide hôtel particulier construit pour abriter les collections de Nelly Jacquemart et Edouard André, c’était accepter de jouer des coudes pour tenter d’apercevoir les chefs d’œuvre réunis le temps d’une exposition qui faisait partie de « celles à ne pas manquer ». Grâce à l’a-normalité de ce temps de déconfinement, nous pouvons aujourd’hui contempler 60 aquarelles et une dizaine de peintures de Turner dans le calme.

Jumièges, vers 1832, gouache et aquarelle sur papier, 13,9 x 19,1 cm, Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
Jumièges, vers 1832, gouache et aquarelle sur papier, 13,9 x 19,1 cm, Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
Le paysagiste de l’Europe

Joseph Mallord William Turner (1775-1851), « incontestablement le premier peintre de paysages en Europe » selon son ami le peintre Thomas Lawrence, a beaucoup voyagé pour voir des paysages et des sites remarquables de la culture européenne. Après le « grand tour » des aristocrates qui concluait une éducation de qualité, venait celui des artistes à la recherche d’émotions nées du spectacle sublime de la nature. Ce sont les premiers touristes. Turner prend désormais l’habitude de voyager l’été. Chaque jour il consigne ses impressions de voyage dans des carnets de croquis. Il passe six mois en Italie pour visiter Rome, Naples et Venise. Il visite la France au fil de la Loire et la Seine.

Cathédrale de Durham : intérieur, vue vers l’est le long de l’aile sud, 1797-1798, graphite, aquarelle et gouache sur papier, 75,8 x 57,9 cm, Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
Cathédrale de Durham : intérieur, vue vers l’est le long de l’aile sud, 1797-1798, graphite, aquarelle et gouache sur papier, 75,8 x 57,9 cm, Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
 Dans l’intimité de Turner

Turner a souhaité léguer le contenu de sa maison et de son atelier à la nation britannique. Aujourd’hui c’est à la Tate Britain de Londres qu’on peut admirer ces toiles et surtout ces milliers d’œuvres sur papier, études, aquarelles, carnets de croquis. Grâce à sa mémoire visuelle phénoménale, son imagination et sa maitrise technique, ses « ébauches colorées » (colour beginnings) sont autant de sismographes qui enregistrent ses sensations comme aucun algorithme ni application numérique ne pourra jamais le faire. Dialogue entre l’ébauche de l’aquarelle et l’achevé de la peinture à l’huile, ces œuvres intimes et expérimentales peintes selon John Ruskin « pour son propre plaisir » nous mène au plus près de la création picturale de l’artiste britannique.

Venise, vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24,4 x 30,4 cm. Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
Venise, vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24,4 x 30,4 cm. Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate
Turner à 360°

Durant le confinement, le musée Jacquemart André a souhaité ouvrir virtuellement l’exposition Turner. Je ne saurai trop vous recommander cette visite virtuelle qui est toujours accessible sur le site du musée https://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/decouvrez-visite-virtuelle-lexposition. Certes, rien ne vaut le face à face avec la matérialité de l’œuvre et sa poésie évanescente mais la proposition virtuelle est intéressante à plus d’un titre. Elle permet de préparer la visite ou de revoir les œuvres qu’on a admirées.

On y retrouve les commentaires du commissaire de l’exposition mais aussi de certaines personnalités invitées à livrer ce que leur inspirait ce face à face avec les œuvres. Le résultat est inégal. Je vous recommande particulièrement les mots de Jean de Loisy, directeur des Beaux-Arts à Paris, d’Isabelle Autissier, navigatrice, et de Yannick Haenel, écrivain. Une démarche qui peut inciter chacun à se demander ce que lui apporte les poésies picturales de celui qui annonce Monet quand il voulait « peindre comme la nature ».

Exposition Turner au musée Jacquemart André jusqu’au 11 janvier 2021
 
Christine de Langle, fondatrice d’Art Majeur
www.art-majeur.eu


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