Journal de l'économie

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Annamaria Mitterrand : "La dépense incontrôlée est une drogue qui aliène"





Le 23 Avril 2019, par Annamaria Mitterrand

Annamaria Mitterrand est auteur, gouverneur de l’Université Hébraïque de Jérusalem et ambassadrice de Respect Zone


Par le monde, tous se plaignent de manquer d’argent, chacun réclame des subventions, des allocations, des faveurs financières… On se révolte sur les réseaux sociaux, on râle entre amis à la terrasse des cafés, on fomente, on cogite, on crie, on menace… Comment en avoir davantage ? C’est parti : on défile tous les samedis avec des gilets jaunes pour obtenir plus toujours plus de subsides !

 Il est normal d’avoir des besoins d’argent ; casser et détruire pour des millions d’euros ne feront que les accroître. Ces gens ne comprennent pas que les dépenses énormes occasionnées par les dégâts qu’ils s’occupent à perpétrer tous les samedis depuis maintenant 24 semaines, meublent peut-être leurs solitudes, mais ne vont pas dans leur sens, au contraire elles diminueront d’autant le montant des prestations et aides qu’ils réclament. Faut-il être borné ! Quel gâchis juste un moyen stupide de dilapider l’argent de l’État, oublieux que l’État c’est nous !
 
C’est une honte de saccager un monument comme l’Arc de Triomphe ou les grilles des Tuileries ; c’est lamentable d’incendier les immeubles, les voitures, les motos ; c’est porter à la haine que de vandaliser les magasins, de démolir les feux rouges et les abribus payés par le contribuable, un gâchis honteux et indécent.
 
Le gaspillage est à la mode, un paradigme suivi aveuglément par le commun des mortels, en particulier par les plus pauvres qui détestent les riches, mais sans jamais en avoir rencontré un seul, et souvent pensent les copier en claquant inutilement du fric. Une grossière erreur, car le riche est économe ; autrement, il ne le serait pas !
 
Après la guerre, les années de privations encore dans nos mémoires, on comptait au sou près, la nourriture était sacrée, et les mères répétaient à chaque repas : « Termine ton assiette », il est vrai, plus facile à exiger à une époque où la date de péremption n’était pas affichée sur les produits, comme si l’on allait perdre la vie en la dépassant d’un quart d’heure ! Dans les familles, vêtements, chaussures et joujoux se transmettaient d’un enfant à l’autre… On conservait sa voiture plusieurs décennies. On investissait dans le solide, à long terme. L’abus de dépenses était synonyme de vulgarité, c’était l’épargne qui avait de la classe.   Aujourd’hui on jette ! Les économies ne sont plus de mise, pour séduire il faut arborer des marques coûteuses, pour avoir l’air chic il faut dépenser un max. Même l’amour s’achète, c’est fou comme on le rencontre plus facilement quand on vous croit dans l’opulence… Et les enfants, croulant sous les cadeaux, n’ont plus le droit de rêver au trésor ardemment convoité, qu’ils possèdent sans même avoir à le gagner. 
 
Il paraît que « la statistique est la première des sciences inexactes » Faux ! Les chiffres le disent : dix millions de tonnes de nourriture en France sont perdues chaque année, soit dix milliards de kilos. Près de 150 kg par an et par habitant !
Pas la peine d’être polytechnicien pour se faire une idée. Il suffit d’être gardien d’immeubles et d’avoir à trier le contenu des poubelles : s’y accumulent des grandes boîtes de pizza dont n’ont été mangées que deux ou trois parts, des bouteilles d’eau et de sodas à peine entamées, des canettes non décapsulées et une quantité d’articles en sachets même pas ouverts because... la fameuse caducité du produit arbitrairement établie par de bons commerçants qui veulent gagner leur vie ! Je parle en spécialiste, révoltée par cette arnaque, je ne me nourris que des périmés que m’offrent gratos mes proches… Ainsi immunisée, je ne suis jamais malade ! Ajoutons des rouleaux de Sopalin à peine entamés et autres serviettes en papier même pas dépliées. Le pire ce sont toutes ces feuilles de papier que l’on jette et sur lesquelles sont écrites trois lignes au recto blanches au verso ! Des milliers d’arbres abattus pour finir aux ordures ! 
        
Si l’on se penche sur le problème du textile, le bilan est tout aussi  catastrophique ! Entre les invendus des collections de prêt-à-porter sans cesse renouvelées et les prix de plus en plus réduits des fringues commandées sur internet que, par flemme -la paresse est la mère de tous les vices-, on balance et on oublie, plutôt que de les renvoyer quand ça ne convient pas. 600.000 tonnes de vêtements sont perdus chaque année en France !  

Et quand on considère le gaspillage d’énergie, c’est l’apothéose ! N’étant pas assez savante pour analyser le problème du numérique qui engloutit près de 10 % de la consommation mondiale d’électricité chaque année, je m’en tiendrai à la consommation ménagère : on pousse le chauffage à fond, mais on ouvre grand les fenêtres pour rafraîchir… On part pour le week-end en laissant les lumières allumées, on branche la télé sans la regarder, trop occupé à cliquer en permanence sur le téléphone, que l’on recharge en permanence. Il est établi que 30 % de la facture d’énergie acquittée par une entreprise ou un foyer ne sont pas justifiés. Un gaspillage énergétique facile à stopper sans beaucoup d’efforts.  
    
Alors, pourquoi ne pas réduire la consommation outrancière au lieu de la généraliser ? La dépense incontrôlée est une drogue qui aliène, ne devenons pas dépendants. L’économie est une discipline, on devrait en faire une règle de vie, il n’y a pas de honte à être économe.
Et comme le recommande le Pape François, pourtant très sensible à la misère humaine : Arrêtez de dépenser…


 

Musique Russe 
Auteur : Annamaria Mitterrand
Editeur : Seguier

"L’auteur réalise une galerie de portraits et de personnages qui, savoureux ou détestables, sont à la fois littéraires et vrais. Un roman - une autofiction ? - entre deux tons, deux religions, deux mondes, qui parvient à construire des ponts inattendus."
 



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