Journal de l'économie

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Identité et souveraineté numériques





Le 7 Avril 2021, par Bertrand Guézel

En 2003 sortait l’univers Second Life, univers dématérialisé dans lequel les participants étaient invités à créer un avatar, des lieux, objets, et à vivre une expérience collective dans laquelle ils pouvaient reproduire des situations réelles ou inventer une identité absolument factice pour vivre une autre vie dans le cyberespace.


Identité et souveraineté numériques
Aujourd’hui, information, éducation, travail, commerce… tous les processus et documents dématérialisés participent à la modernisation d’un pays en effaçant les contraintes de distances et se moquant des frontières.

Ce qui peut poser un problème pour un état dont la responsabilité est la protection de ses intérêts, activités économiques et citoyens inclus.
Dès lors, les sujets régaliens s’organisent dans la sphère numérique. Au risque de devoir annoncer des frontières là où personne n’en voit.
Un mal pour un bien ?

Dans cyberespace, il y a espace

Longtemps qualifié de virtuel, l’ensemble du domaine connecté a désormais tellement d’impact sur la vie d’une nation qu’une régulation globale semble inévitable.

On peut estimer que les premières interventions de l’État, au sens générique et global (donc pas uniquement français), se sont d’abord cantonnées à la régulation du marché télécom et à la régulation commerciale (concrétisée par la protection du consommateur).

En effet, le secteur télécom a toujours été considéré comme un sujet stratégique par les états.

Poule aux œufs d’or pour les opérateurs, mais surtout infrastructure sensible qui, lorsqu’elle bénéficié d’une ouverture à la concurrence, a compliqué l’accès aux concurrents non locaux.

Mais qui s’en plaindrait aujourd’hui ?
L’accès à l’information, aux plateformes de services (de la réservation d’un ticket de cinéma au suivi de ses impôts), aux divertissements (jeux vidéos, streaming) est possible sur une large portion du territoire français, pour ne parler que de lui, et ce grâce à un réseau terrestre couplé à un réseau mobile relativement dense dont notre pays n’a pas à rougir (malgré la grogne concernant les zones dites blanches).
Mais qui dit territoire connecté dit également territoire menacé.

Ce cyberespace, s’il multiplie les opportunités de dupliquer l’espace physique, ajoute les travers de ce dernier. Et se permet de compliquer la tâche en offrant l’opportunité de ne pas dévoiler son identité réelle. Avec pour conséquence la complexité de poursuivre un profil malveillant, du commerçant malhonnête au dangereux pirate.

L’identité numérique

Bien entendu, lorsqu’il s’agit d’effectuer un envoi de courrier ou communiquer avec une administration, notre identité numérique est identique à notre identité réelle.
Mais pour utiliser les réseaux sociaux ou diffuser de l’information totalement libre et anonyme, beaucoup utilisent une identité numérique distincte.
A priori, l’État sera prié de nous laisser tranquilles, nous sommes libres de faire ce qu’on veut, de raconter notre histoire ou des histoires si on le souhaite. Bref, il est interdit d’interdire.
 
Et puis, il y a les identités malveillantes.
Celles qui cherchent à vous soustraire quelques dizaines d’euros en vous vendant un article qui n’existe pas, celles qui s’immiscent dans les systèmes d’information des centres hospitaliers pour subtiliser des milliers de dossiers de patients, celles qui tentent de pénétrer dans les infrastructures les plus sensibles afin de causer des dégâts bien physiques.

Dans ces cas, l’État sera bien avisé de pointer le bout de son nez et de montrer de quel bois on se chauffe.
 
En réalité, dans tous les cas, individu ou entité, victime potentielle ou réelle, perpétrateur, nous représentons une responsabilité pour l’État dont nous dépendons, que nous le souhaitions ou non. État qui doit protéger, mais également sanctionner le cas échéant.

Encore faut-il que le domaine de responsabilité soit bien défini, encadré.
Une régulation du cyberespace est-elle, de fait, inévitable ?
C’est fort probable.

Peu souhaitable pour ce qui est de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.

Mais fort probable dès lors que nous avons besoin d’une protection à la fois individuelle et collectivité face aux menaces sans frontière.
Sans frontière, vraiment ?

Intérêt de la Nation

Qu’on ne s’y trompe pas, l’identité numérique a une valeur et, comme de faux papiers, peut faciliter le travail des malfaiteurs.
Et donc certains réseaux s’organisent pour voler, créer, trafiquer des identités dans le but de flouer une administration ou de pénétrer un système d’information institutionnel en restant cachés le plus longtemps possible.
 
Pour illustrer de manière simple, regardons à quel point il est simple – avec sa véritable identité – de s’inscrire à une plateforme de streaming vidéo (légale) et d’accéder au catalogue américain beaucoup plus fourni que le catalogue français, via un vpn, outil désormais à la portée de tous.

Dotez maintenant un utilisateur malveillant d’outils beaucoup plus évolués et performants et – surtout – d’une identité factice (qui peut avoir été volée lors de la visite du système d’information d’une banque, quelques jours auparavant, et revendue dans un recoin sombre d’internet).

L’État doit jouer son rôle de protection à la fois du citoyen légitime et de l’institution visée par la tentative de pénétration vicieuse.
Ajoutons une difficulté supplémentaire : l’utilisateur malveillant fait partie du grand banditisme international.

L’État doit pouvoir judiciariser la procédure et déposer un dossier auprès du pays hôte afin de poursuivre le criminel.
Imaginons que l’auteur malicieux travaille pour l’officine spécialisée dans les offensives du domaine cyber issues d’un pays à la recherche de moyens pour déstabiliser notre pays.
L’État a l’obligation d’envisager les moyens de réponse et d’envoyer un message, à tout le moins, voire une réplique a minima équivalente.
 
Pour tout cela, l’État a besoin de définir des frontières dans un monde pas si virtuel que cela et de prendre en main la problématique de l’identité numérique, que cela nous plaise ou non.
Il en va de notre souveraineté autant physique que numérique.
 



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