Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

Loïc FINAZ, amiral, entrepreneur et poète





Le 23 Février 2021, par Christine de Langle

C’est une des premières phrases de l’un de ses livres* « Dans l’aventure naissante de chaque journée… ». Loïc Finaz est convaincu, « c’est la définition du mariage, c’est aussi une définition de l’entrepreneuriat ». Vous l’avez compris, l’homme est tout sauf banal !


Depuis notre première rencontre à Brest sur la frégate de lutte anti-sous-marine Latouche-Tréville qu’il commandait, Loïc Finaz a continué son parcours de marin épris de liberté. Ce spécialiste des opérations et de lutte anti-sous-marine a servi en métropole et dans les outre mers. L’amiral, ce « prince de la mer » selon la langue arabe, vient de quitter les fonctions prestigieuses de Directeur de l’École de Guerre. Il se défend d’une quelconque nostalgie, « quitter la vie militaire n’est pas une surprise, car il s’agit de limite d’âge ».
 
Avant de passer du militaire au civil, il y a le passage de la mer à la terre, une transition qui se fait pendant la carrière militaire. Les marins parlent d’ « atterrissage ». Dans le cas de Loïc Finaz, cet atterrissage s’est fait après l’École de Guerre (lorsqu’il y était élève) qui lui ouvre les portes de l’État-major, encore installé rue Royale, face à la Place de la Concorde. Pour son premier poste à terre, il se retrouve dans un lieu prestigieux. Mais, après dix-sept ans en mer, « du shoot pur à la cocaïne professionnelle », la transition est douloureuse « c’était la perte de liberté des mers, la perte de ce métier opérationnel que j’aime, la perte de cette vie d’équipage que je chéris ». Mais, quelles que soient ses responsabilités nationales ou internationales, c’est le même désir ardent de servir, « la plus belle définition du commandement ».
 
Quelques mois avant de quitter ses fonctions de Directeur de l’École de Guerre, Loïc Finaz publie La Liberté du commandement, l’esprit d’équipage, un essai sur les credo d’un homme et d’un officier de marine à l’aube du 21e siècle. C’est aussi un résumé de l’enseignement de cette école d’excellence suivie pour les meilleurs à mi-parcours d’une carrière militaire et qu’il a contribué à renouveler et à ouvrir, notamment aux auditeurs civils. Un véritable traité sur la liberté et les vertus du commandement. Sept piliers soutiennent l’esprit d’équipage : autonomie et solidarité, fonctions et responsabilités, hiérarchie et participation, exigence et bienveillance, énergie et culture, intelligence et courage, parole et temps.  Ces fondamentaux sont aussi ceux de l’esprit d’entreprise. C’est ce qui a incité le jury du Prix du Livre d’Économie 2020 à inclure ce livre dans sa sélection.

Issu d’une famille d’entrepreneurs et titulaire d’un Executive MBA d’HEC, notre homme est à l’aise dans le monde de l’entreprise. Commander un bâtiment ou diriger une entreprise fait appel aux mêmes enjeux de management. À bord comme au sein de l’entreprise, les relations humaines sont essentielles. Ce qu’il juge indispensable à un dirigeant ? « Sa culture, car sans culture pas de vision, sans vision pas de mise en perspective, sans mise en perspective pas de mouvement. La culture, c’est une source profonde d’énergie ». Mais ajoute-t-il « en nous donnant des références, la culture nous consolide, dans les moments d’incertitude elle nous permet de ne pas franchir la ligne jaune et de rester sur notre ligne de foi, c’est ainsi que les marins appellent l’axe de progression d’un bateau ».
 
Que faire après une vie militaire passionnante quand on a su toujours cultiver la liberté et des vies parallèles pour développer des projets multiples ? Un salariat dans la vie civile lui semble incompatible avec ces deux exigences. Je vois aujourd’hui un homme heureux qui évolue avec gourmandise entre diverses « vies parallèles » : la création avec plusieurs associés d’une société de conseil Esprit d’Équipage et d’Entreprise, la création d’une chaire d’enseignement et de recherche à l’ESSEC, Géopolitique, Défense &Leadership, qui se veut un lieu d’échanges croisés entre monde de la Défense et monde civil. La vice-présidence de la Fondation de la Mer qu’il a créée en 2015, au service de la protection et de l’étude des océans.

Autant de responsabilités entrepreneuriales qui l’enthousiasment, car il y retrouve ce qu’il a toujours pratiqué avec passion et ce qu’il estime être une des plus grandes responsabilités du chef : savoir prendre la bonne décision. Loin d’être parfaite, la bonne décision est un équilibre sans cesse à construire entre les exigences du court terme et celles du long terme. Elle contient une part de risque et demande nécessairement du courage. Une qualité trop rare à ce niveau de responsabilité si l’on en croit cette anecdote que lui a confiée un chasseur de têtes qui avait mené au cours de sa carrière pas moins de 20 000 entretiens pour des postes de hauts dirigeants : à la question « quelles sont les qualités fondamentales pour ce poste ? Seuls deux sur 20 000 ont prononcé le mot “courage”. À ce niveau-là, une grande intelligence demande un très grand courage, car les multiples embûches entrevues peuvent empêcher d’avancer. “Cette capacité à ne jamais décider, ajoute-t-il caustique, cela s’appelle faire carrière, mais ça ne forge pas un destin”.
L’autorité, selon l’étymologie ce qui “faire grandir”, découle de ce courage et du sens de la mission à partager et à accomplir en fonction des circonstances et des hommes. Aujourd’hui la crise de l’autorité naît de la crise du sens et de l’absence de courage.
 
Malgré ses multiples responsabilités et passions, Loïc Finaz n’est pas du genre à s’éparpiller, cette vie active trouve son équilibre dans une vie plus contemplative, sa vie littéraire, faites de romans et de poèmes.
 
Un marin poète ? “Bien sûr ! Tous les marins sont poètes. La mer est un lieu de spiritualité et de poésie, certains l’expriment.”. Nous voilà portés par la large houle de la poésie. Tous ses livres de poèmes ont été écrits sur l’eau et en moins de quinze jours. Le dernier Que seule demeure la poésie du Ienisseï nous emmène sur ce fleuve sibérien que les Russes appellent avec déférence “la mer des eaux”. Dix-huit chants qui alternent poésie et prose (lieu de l’aveu amoureux) qui se chargent au fur et à mesure d’une supplique écologique. Devant la vision “dantesque” de Norilsk, au nord du cercle polaire, ville martyre du goulag stalinien, terre à jamais meurtrie par l’exploitation des terres rares, le marin nous incite au respect de l’environnement “tel le sillage d’un bateau, nos pas doivent devenir des sillages et s’effacer”. Que s’effacent nos traces et nos outrages pour que, de notre passage, seule reste la beauté et “que seule demeure la poésie du Ienisseï”.

 
Christine de Langle
 

À paraître La houle s’en allait au levant, Éditions des Équateurs.


France | International | Entreprises | Management | Lifestyle | Blogs de la rédaction | Divers | Native Advertising | Juris | Art & Marché | Prospective | Industrie immobilière | Intelligence et sécurité économique - "Les carnets de Vauban"














Rss
Twitter
Facebook