Journal de l'économie

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Madelin ou domino ?





Le 25 Mars 2020, par Nicolas Lerègle

Le covid-19 a des conséquences économiques nous le savons tous. Elles risquent de rapidement devenir dramatiques pour de nombreux professionnels indépendants et libéraux qui sont confrontés depuis plus d’un an aux gilets jaunes, aux grèves et maintenant au coronavirus.


Madelin ou domino ?
Il fut des périodes plus faciles. Cette succession de difficultés n’est pas sans affecter les trésoreries de ces entreprises, individuelles et petites, qui ne peuvent pas toujours compter sur la bienveillante compréhension d’établissements bancaires dont les modèles de rentabilités sont assez étrangers à ces situations et préoccupations.

Entre la déclaration de principe du gouvernement « zéro faillite » et la réalité des situations il peut y avoir un décalage que les beaux mots ne pourront pas combler. Si on veut volontiers retenir la rhétorique guerrière du président Macron cela force à se rappeler que les guerres sont par essence des périodes de destruction massive de richesses mettant à terre non seulement les hommes mais aussi des secteurs d’activités dans leur ensemble.

Qui peut dire aujourd’hui que les commerçants affectés, ainsi que la chaine composée de leurs fournisseurs, prestataires, conseils, se relèveront dans 30 ou 45 jours aussi frais que Cendrillon après le baiser du Prince Charmant ?
A la vague épidémique attendue dans les prochains jours on peut raisonnablement craindre une vague de défaillances d’entreprises dans les semaines qui suivront le retour à une vie normale faite d’échéances et de contraintes financières qui ne seront ni décalées, ni reportées, ni allégées.

Dans ce contexte d’urgence tant sanitaire qu’économique il convient de n’avoir aucun tabou et que les pouvoirs publics libèrent autant que possible ce qui peut l’être. C’est l’intérêt général de la nation et son futur en tant que puissance économique qui sont en jeu.

Il serait donc bon de favoriser, pour ceux qui le souhaitent et pour lesquels les accès au crédit et financement bancaires ne seraient plus possibles, la sortie des contrats d’épargne ou d’assurance-vie en allégeant les contraintes contractuelles ou fiscales de celle-ci. Pour les professions libérales et les indépendants on passe naturellement au contrat dits « Madelin » qui sont de très bons outils d’épargne-retraite mais dont les conditions de sortie sont très restrictives (retraite, liquidation judiciaire de l’entreprise, achat d’un bien immobilier…), trop peut-être, dans la période d’urgence actuelle.

Il est louable pour le gouvernement et certains syndicats professionnels d’appeler les entreprises à régler les créances de leurs fournisseurs dans les meilleurs délais, mais, objectivement, que valent ces admonestations et demandes quand elles ne sont assorties d’aucune obligation ou sanction. D’ailleurs on ne voit pas très bien lesquelles pourraient être de mises. Les obligations sont contractuelles donc on n’est dans le domaine de la bonne volonté. Et pour les sanctions il est encore plus difficile de les élaborer ne reposant sur aucune base légale ni fondements rationnels. La méthode du docteur Coué n’est pas le remède économique miracle contre le Covid-19.

Si on se fie aux statistiques et données publiées par les barreaux on peut estimer que 25% des avocats sont en situation de tension économique telle qu’il suffirait d’un rien – un virus par exemple – pour mettre un terme à leur activité. Cela ne serait pas étonnant, beaucoup d’avocats ont un exercice individuel avec des clients qui leurs ressemblent (commerçants, TPE) qui sont en situation d’extrême fragilité depuis plus d’un an. Or, si les clients ne sont pas en mesure de payer – malgré les encouragements qui leurs seraient sermonnés – et bien ce sont leurs conseils et prestataires qui ne seront pas rémunérés. Nous ne sommes pas très loin d’un effet domino où les défaillances des uns entraineront immanquablement les défaillances des autres. Ce qui est valable pour les avocats l’est potentiellement aussi pour d’autres professions de conseil – les comptables, les huissiers ou notaires par exemple – et si rien n’est fait on peut s’attendre à des licenciements, pas simplement partiels ceux-ci, et des fermetures de structures qui ne trouveront pas les moyens de se relever de cette crise.

Cet effet domino redoutable car difficile à maitriser ne doit pas être minoré ou ignoré. Il peut avoir des conséquences sur le court terme mais aussi à long terme en remettant en cause la structure même de certaines professions car ne nous y trompons pas ce sont généralement les plus gros qui résistent le mieux.

Une guerre comme celle proclamée par le gouvernement ne se mène pas uniquement avec des mots martiaux, des mesures dont l’énoncé semble parfois plus ambitieux que leur mise en œuvre et des appels au bon sens qui n’engagent que ceux qui y croient. Une guerre se mène avec des armes concrètes allant de la petite munition, comme ce qui est proposé ici, à la grosse artillerie comme de possibles nationalisations évoquées par Edouard Philippe.
Le gouvernement serait donc bien avisé de ne pas écarter cette option Madelin, il y en a certainement d’autres et peut-être que des lecteurs de ce billet qui en seraient informés pourraient, forts de leurs expériences professionnelles, nous les faire partager.
 




1.Posté par JCBLYON le 12/04/2020 06:49 | Alerter
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Bonjour,

Je suis moi-même professionnel libéral, avec une salariée à mi-temps. Je ne coche aucune des conditions requises pour les aides prévues, bien que mon activité, architecte, soit en arrêt total : chantiers arrêtés, études suspendues, appels d'offres remis à plus tard....Par contre, je "dispose" d'un capital retraite Madelin, inaccessible ! Comme vous, je m'interroge sur le fait qu'il ne puisse être envisagé, à titre exceptionnel, de permettre la réalisation de tout ou partie de cet argent disponible. Quelqu'un en "haut lieu" y a-t'il seulement pensé ? Les assurances font-elles de la résistance ? Mystère...Faudra t'il que je me mette en faillite personnelle pour récupérer cet argent ?
Cordialement

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