Journal de l'économie

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Vers la fin de l’hégémonie bancaire ?





Le 2 Décembre 2020, par Lauria Zenou

Spécialiste de la défense des épargnants via sa société de conseil Proinvest et auteur de l’ouvrage « La Conjuration bancaire », Pierre-Henri Leroy décrypte avec nous l’impact des banques sur la vie quotidienne. Ancien membre de la Commission consultative de l’Autorité des Marchés financiers, il apporte une analyse pointue de ce qu’il nomme « la refonte du système bancaire ».


Un sondage IFOP du 20 novembre 2020 montre que les français considèrent que le terme « libéralisme » a une connotation négative. Que cela révèle-t-il sur les huit mois de COVID en France ?

Je croyais, avant votre question, que le Covid n'avait eu que peu d'impact sur la perception du libéralisme par les Français. Il est clair que l'image de Macron est associée à son libéralisme pro-business, et son gouvernement a été blâmé de ne pas avoir prévenu la crise sanitaire tant au niveau hospitalier qu’au niveau des provisions de guerre comme les masques. L'opinion opposant les grands labos pharmaceutiques au secteur hospitalier public, mal payé et sauveur, il est assez probable que l'image du libéralisme ait souffert. D'autant plus que Macron, qui avait déjà ouvert les vannes budgétaires après les gilets jaunes, a annoncé et démontré, comme ses voisins, que les Etats en cas de besoin pouvaient dépenser. Ceci vient en contradiction aux doxas de droite libérale sur les limites de l’endettement.
 

Pensez-vous que l’idée du « Too big to fail » soit dépassée ?

Pas du tout. Plus que jamais les grandes banques, comme les plus grandes compagnies d'assurances, sont sûres de la pleine garantie de l'Etat. Il s'agit d'un secteur en quasi-faillite, privé mais grassement subventionné par des avantages fiscaux et la manne monétaire des mesures de "quantitative easing" de la Banque centrale européenne. Ces mesures dites "non conventionnelles" offrent discrètement un cadeau de 50 milliards annuels aux banques privées européennes en toute discrétion. Les banques et leurs clients n'ont aucun souci immédiat à se faire, mais les banquiers restent privés, confortables, subventionnés et très bien payés tandis que les déposants et les contribuables sont déjà, et seront tondus par la disparition des taux d'intérêt, la fiscalité future et l'inflation...

Finalement, les fusions-acquisitions créent-elles de la valeur ou en font-elles perdre aux entreprises ?

Les fusions-acquisitions sont, comme toute transaction librement consentie, en principe à l'avantage des deux parties: le groupe acheteur et les actionnaires vendeurs (parfois un autre groupe). L'histoire finit par trancher parfois. Qui avait raison et qui avait tort d'accepter l'opération, comme dans le cas de la fusion de Lucent avec Alcatel, celle de Bankers Trust avec Deutsche Bank? En gros ces opérations devraient être positives...
Mais la toute-puissance des banques et leur avidité pour les commissions associées aux grosses transactions empêche la prise de bonnes décisions. L'avidité aussi de certains patrons pour les effets de taille et, parfois les rémunérations associées à cette taille accrue, faussent le jeu et encouragent certaines opérations à des prix excessifs et à la cohérence parfois discutable.

Que pensez-vous de la décision de justice du 19 novembre 2020 empêchant Suez de bloquer une offre publique d’achat (OPA) de Véolia ? Cela révèle-t-il un durcissement de la justice vis-à-vis des grandes entreprises ?

C'est une opération de fusion qui choque parce qu'elle est rejetée par la direction de Suez qui lui est hostille... Suez qui, en principe, devait être neutre et appuyée par un Etat neutre lui aussi.
Nos élites, notre gouvernement et nos banques sont mégalolâtres...
Les sociétés cotées quand elles sont, elles-mêmes, filiales de groupes cotés sont rarement valorisées et peuvent aussi nuire à la valorisation du groupe lui-même. C'était le cas de Suez et de Veolia. C'est de là qu'est née l'idée de fusion...mais l'on n’a pas su imaginer le contraire: l'indépendance des deux groupes comme lorsque Essilor s'est séparé de Saint Gobin.  Quant à l'Etat qui se mêle de tout, il est troublant de voir autoriser la fusion de deux géants des services collectifs en France, alors qu’il ‘n’y a pas tant d’économies d'échelle à y trouver et que les consommateurs français seront sacrifiés par ce manque de concurrence.




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