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Laurence Gilardo, déléguée syndicale SNTA/FO du groupe Casino : « les salariés comme les syndicats du groupe Casino doivent resserrer les rangs »





Le 29 Mai 2019, par

Rallye, la holding de contrôle du groupe Casino, vient d’être placée en procédure de sauvegarde. Pour le Journal de l’Economie, Laurence Gilardo, déléguée syndicale SNTA/FO du groupe Casino revient sur les enjeux pour le groupe Casino de ce placement de Rallye en procédure de sauvegarde. Elle appelle également à l’unité et à la solidarité au sein du groupe, dans l’intérêt des salariés.


Rallye, la holding détenant Casino placée en sauvegarde sur fond de spéculation boursière. Comment la nouvelle est-elle reçue au sein du groupe ?

C’est l’entreprise qui, par le biais de son PDG Jean-Charles Naouri, a décidé du placement en procédure de sauvegarde de Rallye. Cette initiative est de nature à nous rassurer, salariés du groupe Casino, car elle va permettre au groupe, en gelant les créances, de disposer du temps nécessaire pour trouver les réponses adaptées à la situation que nous connaissons actuellement. Pour nous, la pire des solutions aurait été de ne rien faire, et de laisser aux créanciers, parmi lesquels des banques françaises mais aussi de fonds d’investissements étrangers, la possibilité d’un démantèlement du groupe.

Il est compréhensible que des créanciers exigent les créances qui leur sont dus à échéance, mais cela ne doit pas se traduire par la mise en péril d’une entreprise française comptant 75 000 salariés, actuellement fragilisée par l’action de spéculateurs boursiers et de financiers américains. C’est bien pour répondre à ces difficultés conjoncturelles et sortir de l’urgence financière dictée par la bourse que le groupe a décidé le placement en procédure de sauvegarde.  Le groupe a besoin de temps pour renégocier les dettes et les créances au mieux des intérêts de chacune des parties, sans compromettre l’avenir des enseignes Casino et des emplois qui leur sont liés.

Pourquoi cet « intérêt » du monde de la finance pour Casino ?

Le groupe Casino est attaqué en bourse depuis 2015 par des vendeurs à découvert qui parient donc sur la baisse du cours. Casino et Rallye ne sont pas les seules valeurs attaquées, mais dans notre cas, ces attaques sont continues et de grande envergure depuis plusieurs années. Ces attaques sont le fait de sociétés spécialisées qui ne font que parier sur les évolutions de cours de bourse. Elles brassent énormément d’argent mais ne créent pas de valeur, au sens où le font les salariés du groupe en travaillant au service de nos clients. C’est de la simple spéculation.

Les attaques font de plus généralement suite à des publications d’agences de notation ou à des articles de presse, dont l’honnêteté et l’objectivité ont été suffisamment mises en doute pour déclencher une enquête de l’Autorité des marchés financiers. Elles représentent quoi qu’il en soit un risque pour le groupe et donc pour les emplois au sein du groupe.

Casino se porte plutôt mieux que la concurrence et le groupe n’a encore jamais connu de plans sociaux. Comment se traduirait une prise de contrôle de créanciers ?

Les salariés doivent prendre conscience qu’il y a un vrai risque de démantèlement du groupe, raison pour laquelle nous devons resserrer les rangs et faire jouer la solidarité, pour affronter la tempête sans casse sociale. Les créanciers, qu’il s’agisse de banques, de fonds d’investissement ou de spéculateurs, prennent traditionnellement peu en compte les aspects sociaux des dossiers qu’ils traitent. Ce sont des acteurs financiers ; ils ne sont ni philanthropes, ni capitaines d’industries ou chefs d’entreprise. Une prise de contrôle extérieure, par qui que ce soit, aurait nécessairement pour objectif premier le remboursement des créanciers, et donc la vente rapide, et peut-être à prix cassé, de ce qui a la valeur au sein du groupe. Or, l’activité se porte bien : que l’on parle de Monoprix, de Casino, de Franprix de Leader Price ou de Cdiscount, ce sont des entreprises en bonne santé, qui investissent notamment dans la modernisation et la digitalisation des points de vente. Le groupe Casino est précurseur sur nombre d’innovations liés aux nouveaux modes de consommation ou aux modes de paiement par exemple.

Le groupe a effectivement dû se séparer récemment de plusieurs magasins ces derniers temps, mais nous avons obtenu à chaque fois de la direction qu’aucun salarié ne soit envoyé chez Pôle emploi, qu’il s’agisse de leur garantir un emploi avec le repreneur ou de les conserver au sein du groupe. Les promesses ont été tenues sur ces points, même si cela a allongé les procédures de reprises. L’emploi et la défense des salariés reste notre priorité dans tous les cas. Mais nous savons que nous pouvons discuter de ces sujets avec la direction actuelle et obtenir des résultats. Rien ne nous garantit qu’il en sera de même si un plusieurs de nos créanciers devaient prendre le contrôle de l’entreprise.     

Quelles seraient les solutions selon vous pour préserver au maximum l’emploi au sein du groupe ?

La procédure de sauvegarde permet déjà de rassurer les salariés selon nous, parce qu’elle donne au groupe des marges de manœuvres et du temps pour contrer la pression des marchés financiers. Dans un second temps, une fois que l’urgence est gérée et que la situation est stabilisée, les salariés seront désireux d’obtenir des informations complémentaires et de connaitre par exemple l’identité des créanciers. Nous savons par exemple que la dernière ligne de crédit obtenue fin 2018 est essentiellement le fait de banques françaises. Nous comptons sur la compréhension de ces banques nationales pour ne pas mettre le groupe et l’emploi en danger.

Nous croyons en la responsabilité des acteurs financiers français qui ont accompagné jusqu’ici le développement du groupe. Si tel ne devait pas être le cas, nous n’hésiterions pas à en appeler à l’arbitrage du gouvernement. Nous avons d’ores et déjà commencé à attirer son attention sur ce sujet via une pétition sur Change.org, adressée au Ministère du Travail et Ministère de l'Economie. Nous encourageons tous les salariés du groupe, direction comprise, à la signer. Nous tenons à ce que personne n’oublie que derrière les salariés il y a des familles. La situation du groupe Casino concerne bien plus de personnes que les seuls 75 000 salariés.

Carrefour pourrait être tenté de se représenter comme repreneur potentiel dans le cadre d’une fusion… Quelles conséquences aurait cette fusion éventuelle pour les salariés ?

Je ne sais pas si une telle opération serait véritablement dans l’intérêt de Carrefour qui est déjà aux prises avec plusieurs PSE portant sur plusieurs milliers d’emplois. Quoi qu’il en soit, une telle hypothèse susciterait beaucoup d’appréhension chez les syndicats, en particulier Force Ouvrière.  Les deux enseignes étant en concurrence directe sur plusieurs secteurs, un rapprochement se traduirait automatiquement par de nombreuses suppressions de magasins et des licenciements tout aussi massifs.

Une pétition de soutien circule et il y a des rumeurs de mobilisation autour du siège à Saint-Etienne ; envisagez-vous de mobiliser les salariés ?

En tant que représentant du personnel, notre but reste de préserver les emplois. Mais nous réalisons aussi que la bonne santé du groupe représente la meilleure garantie pour la préservation des emplois des salariés du groupe. C’est la raison pour laquelle, oui, nous envisageons de mobiliser les salariés du groupe pour sa défense. Nos actions ont déjà reçu le soutien de notre fédération FGTA et de notre confédération Force Ouvrière. Nous n’hésiterons pas à descendre dans la rue pour défendre collectivement nos emplois et donc le groupe Casino, contre les appétits de ceux qui voudraient démanteler un groupe performant et en bonne santé.


Grégoire Moreau
Journaliste et blogueur, je me suis fait avec le temps une spécialité des questions techniques et... En savoir plus sur cet auteur


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