Journal de l'économie

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« Les Animaux malades de la peste »





Le 7 Mai 2020, par Nicolas Lerègle


« Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Âne vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »


Jean de la Fontaine

« Les Animaux malades de la peste »


Il est toujours aisé, après coup, de juger et de condamner.

Roselyne Bachelot qui fut, en son temps, vilipendée pour ses achats de vaccins et de masques au moment du H1N1 a fait un retour en grâce et en force, telle une Pythie moquée ayant fait les bons choix à l’époque et chacun de battre sa coulpe pour avoir douté de son action. Force est de reconnaitre que son approche à défaut d’être économe des deniers publics fut la bonne et que si cette logique avait perduré nous aurions compté en France moins de victimes ou, en tout cas, moins de polémiques.

Restant dans le registre animalier, le chien est généralement le reflet de son maître. Ainsi, notre classe politique est le miroir de ce que nous sommes. Dans une démonarchie comme la nôtre il en est rarement autrement.

Nous souhaitons un pouvoir fort mais, dans le même temps, nous sommes prompts à voir des mesures liberticides dans toutes initiatives visant à nous protéger de nous-même. Les débats sur le confinement ou sur une application visant à nous prévenir de la présence de personnes malades sont légitimes mais qu’ils ne deviennent pas ridicules pour décider de mesures transitoires visant à apporter des réponses, imparfaites peut-être, à une situation exceptionnelle.

Le Lion a-t-il été décevant pour autant ? Assurément oui en termes de clarté du discours. Les renards de sa Cour oscillant entre approximation et ignorance. A leur décharge on peut rappeler que les « blouses blanches » n’ont pas fait preuve non plus d’une grande homogénéité dans leurs prescriptions. Il aurait été illogique de ne pas les écouter, il aurait été préférable de ne pas habiller d’ordonnances et décrets les lacunes en équipements et matériels.

Comme les Tigres et les Ours, les puissants d’opposition se chamaillaient mais n’avaient rien de concret à proposer.
Le Lion, s’est inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, a fait ce qu’il a pu avec les moyens et les connaissances dont il disposait et on peut raisonnablement penser que tout autre président aurait fait la même chose. Ce constat n’interdira pas de rechercher des responsabilités et de corriger ce qui doit l’être pour éviter qu’une prochaine pandémie produisent les mêmes causes.

Maintenant peut-on se protéger de l’imprévisible ? Nous avons eu une canicule et ses 20.000 morts, la forte chaleur en été devenant un événement imprévisible, donc les mesures ont été prises. Nous avons ce virus aujourd’hui on peut donc parier que des précautions seront adoptées dans l’hypothèse de sa résurgence et que nous ne manquerons plus de masques.

Mais demain, comment serons-nous préparés face à une menace inconnue qui nécessiterait d’autres protections que du FFP2 ? Tout porte à croire que non, les débats, critiques et palinodies actuels reprendront force et vigueur, c’est le propre de la liberté d’expression qui nous est chère.

Il est certain que sur le point de comparaison du nombre de victimes, le Suprême Leader Kim Jong-un fait nettement mieux. Pas de morts officielles si ce n’est l’exécution préventive de quelques maladroits qui s’étaient indûment rendus en Chine. Il valait mieux prévenir que guérir a dû être la ligne politique adoptée par la Corée du Nord, pour les mêmes raisons de manque de moyens et d’équipements que celles pointées en France, avec un résultat comptable nettement plus avantageux. La comparaison s’arrête là.

Antonio Gramsci rappelait que « La crise est le moment où l'ancien ordre du monde s'estompe et où le nouveau doit s'imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions. Cette phase de transition est justement marquée par de nombreuses erreurs et de nombreux tourments ». Difficile de mieux décrire le présent.

Ce présent d’ailleurs, allons-nous le payer longtemps avec son lot d’augmentation (des déficits) et de hausse des impôts ? Peut-être que oui, mais pas nécessairement nous, ni tout de suite. Sans être un économiste il est aisé de voir que si on surcharge le joug fiscal de personnes et entreprises qui n’ont pas été en mesure de travailler pendant plusieurs mois – si on se rappelle les gilets jaunes et des grèves décembristes – notre économie et notre modèle de société vont s’effondrer. La crise de 1929, et ses images d’archives d’allemands allant acheter un pain avec une brouette de billets, nous semblera d’actualité.

Aujourd’hui, un fabuliste français du 17ème et un philosophe communiste italien du 20ème arrivent, de fait, à brosser le tableau de notre société du 21ème confrontée au coronavirus.

Demain ? « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore » (J Giraudoux).

Cette aurore, qui arrive après la crise, il nous appartiendra d’en dessiner les contours et les couleurs pour, qu’à l’instar du Guépard, « il faut que tout change pour que rien ne change » et que notre modèle démocratique ne cède pas sous les coups de la peur d’hier et de l’angoisse du lendemain.

Vaste programme !
 
 


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